AZERTY: un problème de langue ou de clavier ?

Publié par Richard Dern le dans Réflexions. Télécharger en PDF

La France est un pays souverain et aime à le faire savoir: certe, on a la baguette de pain, le fromage et les vins, mais on a aussi la chronologie des médias et les claviers AZERTY.

Je vois souvent passer des articles dans mes flux concernant les dispositions de claviers alternatives, et en particulier le Faviconbépo. Pour ma part, j'ai commencé l'informatique sur un Amstrad CPC464 avec un clavier QWERTY. Après être passé quelques temps sur de l'AZERTY (pour faire comme "tout le monde"), je suis retourné avec une immense satisfaction sur du QWERTY (mécanique, qui plus est).

La page FaviconWikipédia concernant la disposition AZERTY nous informe que c'est une disposition française (cocori... heu, non rien), bien que l'origine soit incertaine. Je dirai qu'il est probable qu'on l'ait "inventée" pour ne pas faire comme les britanniques ou les américains. La carte des dispositions adoptées par les différents pays européens est particulièrement éloquente. Grosso-modo, on est les seuls à utiliser l'AZERTY (avec les belges). Il est d'ailleurs intéressant de noter que même l'AFNOR, en 1983, 🏝 avait déjà anticipé une disparition de l'AZERTY. C'est un document très intéressant du point de vue historique, où on apprend par exemple qu'en 1974, Jacques Chirac, premier ministre de l'époque, écrivit:

Au cours du Conseil interministériel du 29 novembre 1974, le Gouvernement a décidé de poursuivre son effort pour le développement d'une industrie de l'informatique et d'accélérer la promotion et la coordination de l'utilisation de l'informatique en France.

-- Alain Souloumiac, Les perspectives de l’informatique dans l’administration : rapport au secrétaire d’État auprès du Premier ministre chargé de la Fonction publique et des Réformes administratives, La Documentation Française, 1983

Sauf que, et vous le savez déjà si vous vous êtes déjà penchés sur la question, l'AZERTY n'est pas vraiment approprié pour le français, sans compter le support logiciel plus ou moins efficace. De ma courte expérience avec l'AZERTY il y a quelques années, difficile, voire impossible, d'avoir des diacritiques en majuscule par exemple. Et les combinaisons à base de Alt Gr, merci bien...

Or, si on n'apprécie pas l'AZERTY, il y aurait bien eu moyen de se tourner vers le QWERTY, mondialement utilisé, disposant donc d'un support logiciel sans failles, et qui permet de faire facilement ce que l'AZERTY ne permet pas pour notre propre langue (!). C'est sans compter sur la quasi-impossibilité de trouver des claviers QWERTY chez les revendeurs français, en tout cas jusqu'à récemment.

Donc, certains se sont penchés sur des dispositions plus exotiques (comprendre, pas disponibles dans le commerce comme peut l'être une baguette de pain), plus à même de remplir les prérogatives de la langue française, et notamment le bépo. Mais cette disposition me semble être encore peu répandue, ou en tout cas, pas chez le commun des mortels.

Je me pose donc la question: serait-ce la langue française qui est déficiente, plutôt que les dispositions de claviers ?

Habituellement, je suis farouchement contre toute tentative d'évolution de la langue française (en particulier à cause de néologismes adolescents qu'il m'aurait été insupportable de voir dans un dictionnaire). Mais il faut reconnaitre que le français a quelques problèmes, au-delà de ses nombreuses exceptions:

Si le QWERTY est aussi populaire dans le monde, au même titre que la langue anglaise, c'est sans aucun doute pour sa simplicité: l'anglais moderne, en dehors de citations ou d'emprunts au latin, n'utilise aucun accent, ni aucune ligature. Même les allemands utilisent une variante du QWERTY (le QWERTZ), parce que la simplicité du QWERTY permet justement toutes les combinaisons, au lieu de tenter vainement de proposer directement des graphèmes spécifiques à la langue.

Ceci dit, le QWERTY n'est peut-être pas parfait non plus. Rappelons qu'à l'origine, cette disposition était destinée à éviter les problèmes mécaniques des machines à écrire, où le risque de croisement des marteaux était permanent. En abandonnant cette technologie pour nos claviers numériques, on ne conserve plus le QWERTY que par habitude.

Je note toutefois un manque palié par l'AZERTY: le caractère "€", qui n'est pas autre chose que le symbole de l'euro. Autrement dit, on a créé un caractère de toute pièce, de sorte à affirmer - encore - notre différence et notre indépendance face aux américains - et dans ce cas particulier, aux espagnols, le signe Favicon$ étant d'origine hispanique (je m'amuse toutefois quand je remarque que les deux barres horizontales pourraient être un écho à la barre verticale du signe du dollar, et tout ce que cette imagerie implique du point de vue psychologique et symbolique: 2 > 1, horizontal c'est mieux que vertical, etc.).

Finalement, il est plus simple d'adapter un clavier qu'une langue. Mais je commence à croire que les deux pourraient simultanément être améliorés en laissant derrière eux leur héritage. J'ai conscience que notre héritage à nous, français, est particulièrement riche. Entre notre expression écrite, empruntée au grec et surtout au latin, et notre histoire, en particulier la compétition séculaire avec les espagnols, les néerlandais, mais surtout avec les britanniques, je nous accorde quelques excuses. Mais malgré le brexit, il est peut être temps d'oublier un peu notre égo et accepter que les autres peuvent avoir raison, et que ce n'est pas parce qu'on va adopter le QWERTY sur nos claviers qu'on va perdre notre "identité nationale"...

...ou un problème d'usage ?

Mise Ă  jour du 10/09/2019, 21:22

Historiquement, deux raisons principales émergent des différentes dispositions de claviers:

Dans un autre registre, en tant que développeur web, j'apprécie les avantages du QWERTY par rapport à l'AZERTY, et en particulier:

Mais j'aurai aimé l'accès optimisé aux parenthèses du clavier AZERTY (comprendre, sans utiliser la touche Maj). Aussi, en tant que passionné d'électronique, un accès rapide au caractère µ ou °, ou encore Ω aurait été appréciable.

Bien sûr, il est toujours possible de reconfigurer son clavier en fonction de ses besoins, voire, pour les plus nerds d'entre nous, imprimer en 3D les touches (ou carrément Faviconle clavier) qui nous conviennent.

Surtout que certaines touches sont redondantes, en particulier les signes mathématiques (il me semble que ce n'est pas pour rien qu'on a fait des claviers dit "10-keyless", dépourvu du pavé numérique). Il serait donc tout à fait possible, en effet, de reconfigurer ces touches pour y mettre ce qu'on veut dessus. De même avec les claviers disposant de touches programmables.

Je me dis, donc, que le clavier idéal serait composé du pavé alpha-numérique classique, avec une disposition pensée pour être totalement générique (donc en omettant tous les caractères spéciaux, diacritiques, accents et compagnie) mais efficiente en même temps (c'est là tout le problème des dispositions), tout en offrant un second pavé, doté d'un nombre plus restreint de touches, mais permettant d'y mettre ce qu'on veut.

Je sais que présenté comme ça, ça donne l'impression que j'invente la machine à courber les bananes. Mais ça me donne des idées pour créer un petit clavier additionnel, un peu dans Faviconce genre-là. Après tout, si on n'est pas content de ce qui existe, et qu'on peut le faire soi-même...

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