Et Google devient le web

Published by Richard Dern on in Thoughts. Download as PDF

Il existe une version française de cet article.

Le modèle OSI

Wikipédia nous défini le Faviconmodèle OSI comme étant une norme de communication entre réseaux informatiques, étagée en sept couches, trois matérielles aux plus bas niveaux, quatre logicielles au plus haut niveau.

Les trois couches matérielles sont constituées de la liaison physique, c'est à dire la transmission des signaux, autrement dit, le câble, le wifi, la liaison satellite, etc., l'adressage, c'est-à-dire l'obtention d'une adresse physique MAC liée au matériel utilisé pour se connecter, et le réseau, c'est-à-dire l'obtention d'une adresse IP.

Du côté des couches logicielles, on a d'abord la couche du transport: ce sont les protocoles réseau, tels que TCP, UDP, etc. Puis vient la couche session, c'est-à-dire le regroupement de plusieurs connexions dans un même contexte temporel. Vient ensuite la couche présentation, au sein de laquelle prend place le chiffrement et le déchiffrement des données. Enfin, la couche application, visible et utilisable par tous.

On peut raisonnablement affirmer qu'il est de plus en plus difficile, même pour des particuliers passionnés, d'exploiter les échelons de ce modèle à mesure qu'on tente de se rapprocher de la toute première couche matérielle.

Par exemple, c'est principalement le fournisseur d'accès à Internet qui se trouve techniquement compétant pour la mise en oeuvre des couches matérielles. La première couche logicielle, celle du transport, va plutôt concerner les émetteurs de standards, tels que l'IETF. Le travail réalisé par les entreprises commerciales et les passionnés se situe davantage dans les couches supérieures, à partir de la couche de présentation.

Techniquement rien n'empêche quiconque de travailler sur n'importe quelle couche. Récemment, Elon Musk a lancé ses premiers satellites FaviconStarLink, et à donc dû travailler sur tout le modèle OSI pour cela.

Incidemment, plus on travaille avec les couches les plus basses du modèle OSI, et plus il devient facile de faire ce qu'on veut avec les données.

Le protocole HTTP

HTTP est un protocole de la couche application. On utilise le protocole TCP en tant que couche de transport pour HTTP. HTTP a été créé par Tim Berners Lee, à qui l'on doit également le langage FaviconHTML, et la fondation du W3C, en charge d'une partie des standards du web.

C'est en janvier 1997 que HTTP/1.1 devient un standard de l'IETF, un peu moins de deux ans avant la naissance de Google en septembre 1998.

En 2012, HTTP/2.0 voit le jour. L'IETF s'est basé sur FaviconSPDY, un protocole de la couche application créé par Google. Le but était de conserver le protocole HTTP, mais en améliorant ses performances via des techniques telles que la compression, et surtout le multiplexage, qui a été le fer de lance pour convaincre les développeurs web et les hébergeurs de contenu.

En septembre 2019, HTTP/3 est lancé par l'IETF. Cette fois, on n'utiliserait plus le protocole TCP mais le protocole UDP. De plus, si HTTP/2 était basé sur SPDY, un protocole de la couche application, cette fois, HTTP/3 est basé sur FaviconQUIC, un protocole de la couche transport basé, donc, sur UDP. Mais, à l'instar de SPDY, c'est aussi à Google que l'on doit QUIC.

Rien d'Ă©tonnant, donc, Ă  ce que les premiers Ă  supporter HTTP/3 soit Google, et son navigateur Chrome.

Problème: ce lancement m'a semblé très confidentiel. Ce n'est qu'hier que j'ai appris son existence par pur hasard. J'ai peut-être mal suivi mes flux RSS, mais je ne crois pas avoir vu quoique ce soit concernant HTTP/3. En tant que développeur web et hébergeur de mes propres serveurs, il me parait surréaliste que j'ai pu échapper à la moindre information concernant l'évolution du protocole HTTP. On parle tout de même d'un protocole utilisé par des centaines de millions (voire, des milliards) de serveurs et de clients, sachant que HTTP ne sert pas qu'à échanger des pages web: c'est aussi le protocole des API, parfois du FaviconDNS, du VPN et autres services qui sont encapsulés dans HTTP.

Une telle discrétion n'augure rien de bon, sinon une étape vers un schisme que j'attends avec impatience, avec d'un côté le web commercial, et de l'autre, le web "authentique".

La longue histoire de la prise du contrĂ´le du web par Google

Traitez-moi d'alarmiste, ça me convient. Objectez-moi que sans Google on n'aurait rien, vous auriez tort mais le débat serait stérile. Comme pour toute chose, on peut être farouchement pour, ou totalement contre. Mais en ce qui me concerne, j'écris abondamment sur le fait que je déteste ce qu'est devenu Internet au fil du temps, et je tiens Google pour principal responsable. Je rappelle ici la métaphore de my-freedom.space: c'est mon ilôt de sûreté dans des océans dominés par les nouvelles Compagnies des Indes, dont Google fait partie.

Le commerce existait bien avant les Compagnies des Indes du XVIIè siècle, mais ce sont bien elles qui ont fait naitre le capitalisme. Au même titre que le capitalisme existait donc bien avant Google, mais cette entreprise l'a profondément changé pour le faire entrer dans l'ère numérique, plus que toute autre entreprise commerciale du web. Et, conséquement, a transformé de façon tout aussi significative le web lui-même.

Or, n'oublions pas que Google n'est pas qu'un moteur de recherche. Ce n'est qu'une entité appartenant à FaviconAlphabet, dont les ramifications sont terrifiantes, allant du Favicontranshumanisme jusqu'à l'Faviconinfluence politique.

Parmi les ramifications d'Alphabet, je citerai au moins Google Fiber et Loon pour en revenir au sujet de l'article, puisque ce sont deux projets qui apportent à Google le contrôle des couches matérielles de l'OSI, le premier par la fibre optique, le deuxième par des ballons. Si ces derniers ne seraient destinés qu'aux populations isolées ou en situation critique (comme ce fut le cas lors de Faviconla dévastation de Porto Rico en 2017 par l'ouragan Maria, Google Fiber s'adresse à un plus large public. Dans les deux cas, contrôler les couches matérielles du modèle OSI est une aubaine pour Google qui peut s'adonner à son sport favori: la collecte de données personnelles.

De façon plus générale, Google a rapidement étendu son emprise sur le web, avec, presque toujours, le soutient des utilisateurs eux-mêmes. Fut une époque, pas si lointaine que ça, où les "geeks" incitaient leur famille et leurs amis à passer de FaviconFirefox vers Chrome. Cette emprise est à la fois parfaitement visible et totalement opaque. La partie emmergée de l'iceberg, c'est, bien sûr, le moteur de recherche, le client GMail, les publicités AdSense, les outils pour webmasters, etc. Mais c'est aussi des contributions au noyau Linux, du machine-learning, le langage Go, très en vogue en ce moment, etc.

Je citerai également FaviconAMP, un exemple d'incitation à la violation de la neutralité du net, approuvé et utilisé quotidiennement par de gros médias américains, mais aussi européens.

Et aujourd'hui, HTTP/3. Même si, techniquement, ça reste une production de l'IETF, Google en est malgré tout à l'origine, et sont les premiers à en profiter.

Et alors ?

Tant qu'on peut utiliser une version auditable du protocole, tout va bien. Mais à partir du moment où Google est utilisé comme hébergeur, rien ne garantit qu'ils n'utilisent pas une version modifiée de leur protocole sur leurs propres serveurs.

Si ça vous parait être une idée stupide, rappelez-vous de AMP. Vous pouviez disposer d'un service AMP auto-hébergé parce que Faviconc'est un Logiciel Libre (une grosse librairie javascript), que vous pouviez donc auditer, et vérifier qu'il ne faisait rien d'étrange.

A cause du fonctionnement-même d'AMP, c'est-à-dire, entre autres, les restrictions concernant javascript et FaviconCSS, il est virtuellement impossible d'intégrer des publicités d'un fournisseur tiers. Avec Google AdSense, ça se fait en Faviconquelques clics. C'est suffisant pour éradiquer la concurrence publicitaires sur les pages AMP. De toute façon, AdSense est le premier fournisseur de publicités web au monde, alors qui, à part la faible concurrence, va s'en offusquer ?

Compte tenu de la discrétion avec laquelle HTTP/3 a été lancé, peu sont ceux qui le supportent déjà. Je n'ai pas encore vu d'annonce de la part d'Apache, de nginx ni de Microsoft IIS. Je doute donc d'une implémentation rapide et massive. Par contre, vu que côté client, Chrome le supporte déjà, et que Firefox ne va pas tarder, je m'inquiète sérieusement des conséquences immédiates pour les internautes, même si les premiers exposés sont les fanboys Google qui n'ont toujours pas admis que l'intrusion de Google dans leur vie privée est une mauvaise chose.

En visitant un site hébergé par Google, ou même simplement lié à Google par les outils pour webmasters ou les publicités AdSense, tout en utilisant le navigateur Chrome, on offre à Google l'opportunité d'exploiter encore plus de données qu'avant, ou en tout cas, plus facilement, à cause de HTTP/3 qui descend d'un à deux crans sur le modèle OSI.

On n'aura sans doute pas de preuves de cette exploitation avant longtemps, et peut-être même qu'elle passera totalement inaperçue. Ou peut-être qu'elle sera condamnée, mais sans empêcher Google de continuer sa moisson de données personnelles, comme ce fut le cas pour GMail, qu'on sait violemment intrusif mais qui reste le service de messagerie le plus utilisé au monde.

Après Linus Torvalds qui a laissé Google contribuer au code source de Linux, après 🏝le W3C qui a cédé certains standards au WHATWG, dont Google fait partie, l'IETF abandonne aussi petit à petit HTTP à cette entreprise, dont le leitmotiv est passé de "Don't be evil" à "Do the right thing", slogan aussi hypocrite que l'entreprise qu'il définit. Rappelons qu'Alphabet est immatriculée dans le Delaware (paradis fiscal)...

Soyez citoyens du web: abandonnez Google, ou perdez le web, Ă  terme.

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