Le cloud

Publié par Richard Dern le 01/09/2019 - Aucun commentaire

Sommaire du dossier
  1. Les pop-ups
  2. Le cloud
  3. Les anti-bloqueurs de pubs
  4. La télémétrie
  5. Le spam
  6. Les dark-patterns
Mises à jour

L'"informatique nuagique", le cloud, ou comment délester les utilisateurs de toutes leurs données, personnelles ou non, sur les serveurs des entreprises privées, sous couvert de rendre Internet plus rapide, nos machines moins encombrées, et autres excuses plus ou moins valables.

À la base, le cloud semblait être une idée intéressante. Et il existe une implémentation qui me semble réussie: Apple avec iCloud. J'estime cette implémentation réussie pour plusieurs raisons:

Je dis qu'elle est réussie, pas parfaite: impossible d'utiliser iCloud sous GNU-Linux par exemple. Et je dis qu'elle est réussie, par rapport à d'autres implémentations franchement douteuses.

J'en profite pour rappeler que peu importe le serveur sur lequel vous stockez des données (consciemment ou non), vous le faites sur le cloud, à partir du moment où il y a Internet entre vous et le serveur distant. C'est la raison pour laquelle je trouve cette notion de "cloud" franchement pénible: on a juste collé un joli nom sur quelque chose qui existe depuis toujours.

À noter également qu'on peut héberger un serveur "cloud" chez soi avec des Logiciels Libres (NextCloud par exemple). Le terme "cloud", encore une fois, ne sert qu'à préciser qu'il est accessible depuis Internet.

Pour en revenir aux implémentations douteuses du cloud, l'exemple le plus frappant est facebook. Vous y envoyez des photos, des documents, des informations textuelles. facebook est donc un "membre du cloud" puisqu'il stocke toutes ces données. Sauf que facebook est techniquement à l'exact opposé d'iCloud: c'est open-bar, conçu pour faciliter la vie des entreprises tierces. Sans compter les expériences psychologiques à grande échelle, l'exploitation commerciale des données personnelles, etc.

Mais, à la limite, au moins, sur facebook, on sait à peu près ce qu'ils ont sur nous (ce qu'on y a mis). On ne peut pas savoir ce que les autres mettent sur nous, évidemment, mais peut avoir une petite idée.

Contrairement à Microsoft. Parce qu'en plus des données qu'on dépose consciemment sur leur cloud (via, par exemple, Azure, OneDrive, etc.), il y a toutes les données qu'on y dépose inconsciemment, et auxquelles on n'a pas accès (la télémétrie par exemple). Même si la CNIL montre ses crocs, Microsoft fini toujours par réussir à collecter les données dont il estime avoir besoin.

La relativement bonne idée derrière le cloud (stockage sécurisé de données accessibles depuis n'importe où dans le monde, mais aussi traitement d'informations à grande échelle ou avec une puissance inaccessible aux ordinateurs isolés) s'est transformée en une gigantesque machine à fric, dont la donnée est le produit.

Mise à jour du 02/09/2019 à 16:52

Cloud et "modernisation des données" ?

ZDNet vient de publier un article intéressant, traitant du cloud, de la "modernisation" et de la "transformation" des données.

Le sondage référencé dans l'article provient du cabinet Deloitte. Il me semble qu'on peut donc le considérer comme étant sérieux... Il ressort de ce sondage qu'une "modernisation" et une "transformation" des données passe obligatoirement par le cloud, puisqu'elles nécessitent des "bases de données modernes".

Par "modernisation" et "transformation", les dirigeants IT entendent:

le "transfert des données des bases de données existantes vers des bases de données modernes" en mettant l'accent sur le stockage de données non structurées telles que les images, la voix des clients, les commentaires des médias sociaux et les notes cliniques dans les soins de santé.

Pour moi, cela signifie qu'on ne peut pas être à la fois moderne et local: la modernité passe par le cloud. Comme si les dirigeants IT démissionnaient, comme s'ils préféraient voir le travail de leur équipe délégué à d'autres. Comme s'ils ne voulaient plus avoir à gérer l'infrastructure locale.

Certe, le cloud présente des avantages: selon le type de service, les données sont répliquées sur plusieurs sites, il y a une certaine assurance, l'infrastructure matérielle peut être plus moderne ou puissante.

Mais plusieurs éléments me maintiennent dans mon refus total du cloud, et principalement:

  • la perte de contrôle des données (RGPD, tout ça)
  • la notion illusoire que le cloud est la seule solution à la "modernisation" et "transformation" des données (ce qui diffuse l'idée totalement erronnée qu'une entreprise qui ne fait pas appel au cloud est une entreprise d'un autre âge)

Je rajoute que je m'interroge sur certains points mentionnés dans la citation ci-dessus:

  • la nécessité, l'utilité et la légalité de stocker "la voix des clients" ou "les commentaires des médias sociaux", et, par conséquent, a-t'on reccueilli leur consentement ?
  • l'absence supposée de structurabilité d'informations telles que celles mentionnées, en particulier quand on mentionne le besoin de "bases de données modernes"

Je persiste à croire que tout le monde est dans l'erreur avec le cloud:

  • on peut disposer en local d'assez d'espace de stockage et de puissance de calcul pour tout faire, pour peu qu'on sache, et qu'on veuille, optimiser (suppression des doublons, mise en archive, nettoyage de l'inutile, remplacement de certains type de données dans les bases, etc.)
  • on peut moderniser ce dont on dispose déjà (matériel et logiciel) en local, en investissant dans de la formation utile aux employés: on augmente les compétences internes, on fait évoluer les gens, on tire le maximum de ressources possibles de ce dans quoi on a déjà investi par le passé

Je considère donc que les entreprises devraient:

  • embaucher (juste une idée, comme ça...)
  • respecter le RGPD (une autre idée, comme ça...)
  • arrêter de surfer sur cette tendance immonde de confier les données clients/utilisateurs à des tiers

Et si, malgré tout, l'envie de faire comme tout le monde est plus forte, je n'ai qu'un seul et dernier conseil à donner: chiffrer toute donnée avant son stockage, qu'elle soit stockée localement ou dans le cloud, mais à plus forte raison si elle est stockée dans le cloud.

Et si ce dernier conseil persiste à ne pas être suivi, tant pis pour vos tronches.

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