Pourquoi Greta Thunberg ne devrait pas recevoir le prix Nobel de la Paix

Publié par Richard Dern le 30/09/2019 - Aucun commentaire

Le monde a commencé à entendre parler de Greta Thunberg grâce à ses prises de position contre le réchauffement climatique, depuis au moins 2018. C'est une jeune suédoise de seize ans (en 2019), manifestement surdouée. Elle est notamment récipiendaire d'un doctorat honoris causa par l'université de Mons.

Depuis quelques jours, on parle de sa proposition au prix Nobel de la Paix, émanant de députés suédois. Or, je crois que ce serait faire fausse route.

Principalement parce que son travail ne concerne pas la paix mondiale mais l'écologie. Si l'idée d'un prix Nobel pour l'écologie et l'environnement a bien été proposé en 1980, elle a été abandonnée.

Ensuite, parce que Greta n'est pas une exception. Les "lanceurs d'alerte pour le climat" existent depuis bien longtemps (je considère la publication de Les limites à la croissance, datant tout de même de 1972, comme étant le point de départ du "mouvement" pour le climat).

De fait, elle n'est ni la première, ni la plus pertinente. Son succès actuel est probablement dû plus à sa jeunesse qui touche les foules, qu'à son impact sur les populations politiques qui n'y voient sans doute qu'un atout dont il faut se saisir ou, au contraire, une épineuse trouble-fête.

Car, bien que son discours soit totalement juste, et que son mode de vie s'y soit adapté, son action est vouée à l'échec. Au même titre que, depuis Les limites à la croissance, toute tentative pour faire de l'écologie une priorité absolue est vouée à l'échec.

Ce n'est ni parce qu'elle est jeune, ni parce qu'elle n'est pas politicienne, ni parce qu'elle n'est pas scientifique, qu'elle ne restera qu'une icône passagère. C'est parce que les personnes à qui elle s'adresse n'en ont cure: les gouvernements ne sont intéressés que par l'aspect économique de l'écologie. Son échec ne sera pas dû à une faiblesse ou un manquement de sa part ; il sera dû à un facteur externe sur lequel elle n'a aucun contrôle: la totale dépendance à l'économie de l'espèce humaine dans son ensemble. Tant que l'argent entrera dans l'équation du climat, aucune Greta Thunberg ne changera le monde.

Nous sommes une civilisation économique. L'argent a remplacé les dieux d'antan. Au fil des siècles, nous nous sommes convaincus que l'argent n'est pas une notion arbitraire, et, presque, que c'est une notion naturelle. Une notion qui surpasse l'environnement, un environnement que nous avons transformé et épuisé, sur lequel nous n'avions aucun droit et que nous avons pourtant détruit, comme si nous avions patiemment et méthodiquement grignotté les fondations de notre propre maison, prétendant que cela était nécessaire à notre survie.

Tant qu'il n'y aura pas de contrepartie économique à la protection de l'environnement, les dirigeants resteront sourds. Certains, et pas les plus puissants, vont parier sur des gens comme Greta. Et puis, quand la société sera lassée d'entendre toujours les mêmes discours, Greta rejoindra ses prédécesseurs, éclaboussés par le dénigrement de leurs actions en faveur du climat.

Obtenir un nouveau prix prestigieux, tel que le prix Nobel pour la Paix, n'aidera en rien à s'approprier le discours de Greta, bien au contraire. Les prix qu'elle a accumulé depuis sa première apparition en public n'ont fait qu'accroitre le nombre de ses détracteurs, qui ne voient en elle qu'une actrice ou un instrument, revers bien amère d'une médaille qu'elle n'a peut être pas cherché à obtenir.

Car ces prix seraient censés financer son action, c'est-à-dire ses déplacements, ses frais d'intervention. Or, elle est en proie à des choix dangereux: se déplacer en avion et se faire accuser de contribuer à la pollution ? se déplacer en voilier et se faire accuser de l'effondrement du marché aérien en Suède ? Sans compter que son action ne devrait pas faire intervenir les questions économiques, puisqu'il en va - excusez du peu - de la survie de la biosphère dans son ensemble, pas seulement de l'humanité.

La "lutte" pour l'environnement est profitable: des emplois ont été créé, des entreprises prospèrent grâce aux énergies renouvelables, les gouvernements rentrent de l'argent grâce à la taxation sur le recyclage, et tout cela contribue à alimenter une communication positive sur les actions en faveur de l'environnement. Une communication dissonante par rapport à celle de Greta Thunberg, qui ne peut pas attaquer ces sujets. De toute façon, son angle d'attaque est plutôt scientifique qu'économique.

Pourtant, du point de vue scientifique, notre empreinte carbone n'est toujours pas neutre, et certains visent même une empreinte négative. Expliquer ce phénomène ne se fera pas dans cet article car je m'éloignerais du sujet, mais il constitue un paradoxe auquel on ne répond pas à l'heure actuelle. Toutefois, il illustre parfaitement l'opposition diamétrale entre le point de vue économique et le point de vue scientifique.

Malheureusement pour Greta Thunberg et pour nous tous, le point de vue économique est le seul réellement important pour les gouvernements, et ce n'est pas un Prix Nobel pour la Paix qui fera pencher la balance politique en faveur de la science.

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