Colossal

Publié par Richard Dern le 19/09/2019 - Aucun commentaire

Exclu Netflix, Colossal est présenté comme étant un film de SF "décalé", où Gloria, incarnée par Anne Hathaway, est censée s'éprendre d'un kaiju, selon le pitch montré sur Netlix. En plus, c'est censé être une comédie. Je n'ai qu'un mot pour décrire ce film: "irrationnel".

Deux possibilités:

Le problème, c'est que je n'ai RIEN compris. Et je sais que c'est en partie parce que je ne comprends pas bien les relations humaines et la société, mais malgré cela, les situations sociales me paraissent... irrationnelles. Par ailleurs, j'insiste sur ce point maintenant et plus loin dans cet article: j'attendais une comédie SF, pas une tragédie bizarre.

Ordinairement, j'essaye d'écrire mes critiques sans spoilers. Mais là, tant pis, je spoile, faut que ça sorte.

Elle se fait mettre dehors par son mec actuel. C'est une épave. Elle retrouve un "camarade" de classe (Oscar) qui s'éprend d'elle. Il lui offre de quoi meubler la maison de ses parents qu'elle a réinvesti. Vu comme il est sympa, prévenant et tout (il lui offre même un job dans son bar, pas mal pour une alcoolique), on s'attend à ce qu'ils se mettent ensemble. Ben non, elle se tape l'autre pote. Et Oscar s'en rend compte, et pète méchamment un câble. Et l'inconfort commence: harcèlement moral, dans le privé et au boulot, et violences physiques.

On parle quand même de scènes d'humiliation au travail, ou de forcer Gloria à boire une bière alors qu'elle fait tout pour sortir de l'alcool. Heureusement qu'il n'y a pas une couche de harcèlement sexuel en plus parce qu'on irait au-delà de l'inconfort: la frontière avec le malaise est dangereusement proche.

Quel rapport avec les kaiju me direz-vous ? Content que vous posiez la question !

Il se trouve que le kaiju principal est un genre d'avatar de Gloria, tandis que le robot est celui d'Oscar. Ce que Gloria fait, "son" kaiju le fait, pareil pour Oscar.

Juste pour donner une idée: Pacific Rim est un kaiju eiga occidental. Évidemment, toute la panoplie des Godzilla sont des kaiju eiga (japonais ou non). Colossal n'en est pas un. Quelques scènes avec un monstre ne font pas d'un film un kaiju eiga.

Quant à l'aspect comédie, je le cherche encore. Une ou deux scènes m'ont décroché un semblant de rictus, mais j'étais très, très loin de me taper les côtes. L'inconfort, tout ça...

Je m'attendais vraiment à un truc "décalé", comme annoncé, où, effectivement, une amourette entre le personnage de Gloria et un kaiju aurait pu être, disons "fun" à défaut d'être franchement drôle. Il y aurait eu un côté La Belle et la Bête, avec des situations comiques. Mais Colossal tient réellement plus de la tragédie que de la comédie.

Si encore le sujet avait été exploré avec plus d'ambition, on aurait pu éviter le malaise, et prendre une dose de moralisme qui serait même bien passée. Après tout, prendre le harcèlement et la violence contre les femmes, qui sont des sujets d'actualité, des sujets tragiquement historiques même, et mêler ces sujets, traités correctement, à un thème (les monstres) qui est plutôt la chasse-gardée des hommes, aurait pu être intéressant, voire efficace.

Parce qu'au-delà de ça, Anne Hathaway et Jason Sudeikis se révèlent très bons dans leurs personnages respectifs. Même si, souvent, les situations sont, encore une fois, irrationnelles. Avec ma vision de la société, en tout cas.

Pendant tout le film, j'essayais d'anticiper la fin: "Tout ça, c'est un bad-trip à cause de l'alcool. Elle va se réveiller, se rendre compte de certaines choses, remettre sa vie sur les rails, etc.". Il y aurait eu une explication plus ou moins rationnelle à la présence des kaiju. Ben non !

Même la première apparition du kaiju reste un mystère total: pourquoi Séoul ? pourquoi il y a 25 ans ? quel rapport avec Gloria ? Bon, d'accord, ce n'est pas totalement un mystère: vers la fin, il y a une scène qui nous met la puce à l'oreille. Mais ça reste complètement irrationnel, tant qu'on n'a pas une garantie que toute l'histoire n'est qu'une projection mentale, et cette garantie ne nous est jamais donnée, bien au contraire.

Je lis les critiques de films et de séries, mais uniquement après visionnage. Ça m'évite de m'enthousiasmer pour rien, ou de passer à côté de choses intéressantes. Je n'ai pas changé ma tradition pour Colossal. J'ai donc été très surpris de voir des critiques plutôt élogieuses.

Ce qui me dérange le plus, en fait, c'est la dissonnance entre le texte introductif sur la fiche du film dans Netflix et la réalité. Je suis préparé à voir un film de SF drôle et romantique, un mélange des genres qui aurait pu me plaire, quand on me montre en réalité un film abordant des sujets graves, sur un ton sérieux.

Même en acceptant cette constatation, et en imaginant avoir lu une intro qui correspond réellement au film, donc en partant du principe que je vais regarder un drame édulcoré par la présence de monstres, je conserve un sentiment de malaise, ce qui me fait dire qu'au final, ce mélange particulier de genres ne prend pas. En tout cas, pas tel que présenté. L'introspection qui aurait dû résulter de cette histoire ne se fait pas.

C'est d'autant plus dommage que la fin, bien qu'un peu courte (contrairement au reste du film), illustre très bien la conquête d'indépendance de Gloria, et aurait pu générer tout un éventail d'émotions, précisément si la situation avait été une projection mentale au lieu d'être montrée comme étant tout à fait "réaliste".

Au final, selon moi, Colossal passe franchement à côté de ses deux sujets, peu importe l'angle selon lequel on le regarde. Dommage, il y avait du potentiel...

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