Stranger Things

Publié par Richard Dern le 12/08/2019 - Aucun commentaire

Stranger Things est une série télévisée diffusée sur Netflix depuis 2016.

Stranger Things est l'une de mes séries préférées, et cela malgré plusieurs de ses éléments constitutifs qui, en temps normal, me la ferait détester.

Pour commencer, les personnages principaux sont des enfants et des adolescents. Habituellement, cela me suffit pour me désintéresser d'un film ou d'une série. Je n'accroche pas. Je ne m'identifie pas. Mais ici, à l'exception de Finn Wolfhard (qui interprète Mike Wheeler) que je trouve un cran en-dessous des autres (ceci dit, c'est peut être dû à sa coupe de cheveux), le casting du groupe de nerds est excellent. Car, il faut le dire, le noyau principal est constitué de quatre garçons d'une douzaine d'années (au début de la série), rapidement rejoints par une fille surnommée "Elfe" (personnage central de l'histoire), et ce sont des nerds dans la plus positive acceptation - américaine - du terme: versés dans les sciences, proches du prof en charge du club radio, pas de copines, joueurs de D&D qu'ils pratiquent dans la cave des parents transformée en garçonnière, cabane dans le jardin, tout - ce que j'aurai voulu dans mon enfance - y est.

Ensuite, l'époque à laquelle se déroulent les évènements est également un critère sur lequel je rechigne en temps normal. Dans Stranger Things, on est en 1983. Mais quelle 1983... Je suis prodigieusement enthousiasmé par le constant et omniprésent réalisme de la retranscription de ces années 1980. Musique, décors, coiffures, tenues vestimentaires, véhicules, architecture, logo de la série et génériques, clins d'oeil, tout est comme filmé trente ans en arrière. C'est d'autant plus exceptionnel que les enfants stars de la série semblent eux-même être issus de mon époque alors que j'ai le triple de leur âge (putain le coup de vieux...). Ce n'est d'ailleurs pas un hasard puisque, selon Wikipédia:

L'ambiance de la série est fortement inspirée par les films fantastiques et de science-fiction des années 1980, piochant ses influences dans les œuvres de H. P. Lovecraft, Steven Spielberg, John Carpenter, John Hughes ou Stephen King.

-- https://fr.wikipedia.org/wiki/Stranger_Things

Je ne suis pas certain que l'époque dépeinte serve réellement la série ou si c'est juste une "lubie" des producteurs mais honnêtement je m'en fous: c'est tellement bien fait que les raisons importent peu.

Un autre élément qui, d'ordinaire, me ferait douter de mon intérêt pour la série: la présence de "monstres". Au cas où vous ne le sauriez pas, Stranger Things est une série interdite au moins de 12 à 16 ans en France selon les épisodes. Rien d'étonnant à cela, compte tenu des inspirations de la série.

Je n'ai rien contre les monstres, au contraire. Mais au bout d'un moment, l'imagination fait peut-être défaut, et ils finissent par tous se ressembler. Je crois qu'après Alien en 1979 (putain, encore un coup de vieux...), le dernier monstre que j'ai trouvé digne d'intérêt était celui de Cloverfield en 2008. Il faut dire qu'entre les monstres des séries, des films et des jeux-vidéo, on se dit qu'on a peut-être déjà exploré toutes les apparences possibles: évanescente, fumée, carrément invisible, mais surtout anthropomorphe ou enthomomorphe1.

Même ceux de Stranger Things ne sont pas particulièrement originaux, quoique. Mais leur ancrage dans l'histoire est suffisamment bien ficelé, selon moi, pour être intéressants. Bien sûr, il s'agit toujours de créatures visqueuses qui n'existent que pour éradiquer l'espèce humaine, il n'empêche que Stranger Things ne serait pas Stranger Things sans ses démons d'outretombe, d'ailleurs échos du bestiaire de D&D (et des jeux de rôle en général).

J'ai parlé des enfants, mais le casting des adultes est du même calibre: je (re)découvre Winona Ryder, parfaite en mère hystérique, et surtout David Harbour en flic drogué/alcoolique absolument excellent (si je devais n'aimer cette série que pour un acteur, ce serait lui). Côté "jeunes adultes", je mentionnerai en particulier Natalia Dyer qui est à tomber, Joe Keery qui concentre à lui-seul l'essence même des années 1980 dans ses cheveux, et, pour le plaisir de ces dames (comme le confirment les premiers épisodes de la saison 3), Dacre Montgomery. En plus, il a un prénom cool.

Dans la plupart des séries, en particulier celles qui n'ont pas de fin pré-déterminée (c'est-à-dire, la majorité), il y a un profond déséquilibre entre l'histoire principale et les side-stories, en particulier les side-stories sentimentales: quand on sent qu'une histoire pourrait exister entre deux protagonistes, soit il leur faut quatre saisons pour se faire un bisou et sept autres pour coucher, soit ils se mettent ensemble dans l'avant-dernier épisode de la première saison pour se séparer dans l'épisode suivant, créant ainsi un ersatz de cliffhanger, qui, au final, nous laisse sur notre faim pendant une centaine d'épisodes.

Dans Stranger Things, ces sides-stories sont correctement équilibrées. Le temps qui leur est alloué pendant un épisode est idéal: on n'a pas cette impression désagréable qu'on essaye de nous raconter un truc pour meubler, ni qu'on survole le sujet ; ce n'est ni lourd, ni inexistant. Par ailleurs, et c'est peut-être l'avantage de tourner avec des enfants et des adolescents, il n'y pas de scène un tant soit peu érotique. C'est chaste, et ça fait du bien. Le cul fait peut-être partie de magouilles politiques d'aspirants au trône de fer, mais pas de Stranger Things (et voilà comment on se fait 12 millions de potes).

Une parenthèse en ce qui concerne le placement produits. Je suis farouchement contre la publicité: c'est elle qui a corrompu toutes les formes de communications existantes, des journaux à Internet en passant, évidemment, par la radio et la télévision. Mais je trouve que le placement produits dans les films et séries est peut être la promotion la moins déplaisante. À vrai dire, comme les marques sont comme noyées dans le décor, je ne les vois presque pas. Et ce "presque" fait toute la différence. Quand on est habitué à l'avalanche de pubs à la télévision, qui occupent presque un quart d'heure toutes les demi-heures, et aux multiples encarts sur Internet, deux médiums qu'on nous oblige à regarder pendant une durée prolongée, voir un bâtiment aux couleurs de Burger King dans une série ne me gène pas. Vous allez peut être me parler des messages subliminaux ou autres techniques psycho-marketing (en effet, maintenant j'ai envie d'un Burger King, j'ai pas honte), voire d'anachronismes (aucun ne m'a sauté aux yeux pour le moment). Franchement, tant que ça dure quelques secondes, que ce n'est pas la seule chose visible, que c'est à peu près cohérent et de bon goût, ça me va.

En bref, je n'ai rien de particulier à jeter dans cette série. Au contraire, je suis ultra-fan de l'ambiance, et je veux insister sur son excellence et sa justesse. Je suis aussi ultra-fan de la psychologie des personnages, en particulier de Jim Hopper. Et évidemment, je suis ultra-fan de ce groupe de gosses qui fait vibrer ma propre corde de nerd...


  1. Apparemment, "enthomomorphe" n'exite pas. Je considère cela comme un manque, puisque, en réutilisant la construction de "anthropomorphe" pour désigner un objet ayant forme humaine, je désigne ici un object ayant la forme d'un insecte. 

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