The I-Land

Publié par Richard Dern le 14/09/2019 - Aucun commentaire

The I-Land
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On m'a appâté avec une magnifique île déserte, des références, d'abord à mon livre préféré, loin devant tous les autres: L'île mystérieuse de Jules Verne, ensuite à d'autres livres sur le thème de la Robinsonnade (Le Robinson Suisse de Wyss et évidemment Robinson Crusoë de Defoe, mais aussi L'île au trésor de Stevenson). Accessoirement, on m'a aussi appâté avec une jolie actrice, et on m'a fait croire que les personnages allaient devoir résoudre des énigmes intéressantes pour progresser dans l'histoire.

The I-Land est une exclu Netflix. C'est une mini-série en sept épisodes. Alors quand je suis arrivé au bout du troisième, et constatant avec amertume mais sans surprise que la série n'était en rien comparable à ses inspirations, je me suis demandé si je devais la terminer. Par soucis d'exhaustivité, par curiosité, ou pour laisser sa chance au produit, je suis allé au bout.

J'ai regardé à peu près toutes les adaptations TV et cinéma, plus ou moins inspirées de L'île mystérieuse, depuis l'adaptation de 1961. Elles ont toutes un point commun: ne pas respecter l'oeuvre originale. Introduire des éléments surnaturels (en particulier des animaux géants). Ou des femmes. Ce dernier point nécessite une explication, je vous l'accorde.

Dans toutes les adaptations faisant intervenir une femme, il y a des histoires "sentimentales". La femme n'y est présente que pour le sex-appeal. Elle n'est jamais introduite de façon neutre dans l'histoire, et ne participe jamais de façon active. Il n'y a aucune femme dans le roman. Par conséquent, il n'y a aucune dérive sexuelle ni même sentimentale au niveau de l'histoire, qui se concentre sur un aspect-clé de la robinsonnade: la survie.

Or, la survie est un point virtuellement inexistant dans la plupart des adaptations du roman, et The I-Land ne fait pas exception. Encore une fois, on nous le fait croire, un peu à la manière de Hunger Games, mais ce n'est pas le cas. Parce que ce n'est pas le but de cette série. Et donc, revendiquer une affiliation avec le roman de Verne me semble hors de propos. Cela attire les connaisseurs et fans de L'île mystérieuse avant de les décevoir, et fait croire aux autres qu'ils ont de la culture parce qu'ils ont regardé une série qui mentionne les livres sus-cités. Il y a d'ailleurs peu de chances que les "non-initiés" fassent le lien entre ces livres et les noms empruntés à leurs auteurs dont sont affectés certains personnages de The I-Land.

Mais deux scènes m'ont particulièrement dérangé au niveau des références à L'île mystérieuse: celle où le livre de Verne est découvert avec un certain écoeurement lycéen des pavés qu'on est obligés de lire - encore que le livre montré dans le film me semble très fin par rapport à l'original - et la scène où le même livre est emporté par les eaux. Comme si la série voulait faire oublier un livre qu'elle ne fait que mentionner, s'en prétendant l'héritière sans en être la descendante.

Modernisme oblige (toujours en comparant avec le roman de Jules Verne), la série nous présente un personnage principal féminin, interprété par Natalie Martinez. Elle se distingue par son jeu, qui, sans casser des briques, se détache supérieurement des autres acteurs (à l'exception peut être de Bruce McGill, mais il a un peu plus de bouteille). Elle se distingue aussi par son physique: au bout de trois épisodes, j'ai fini par me dire que The I-Land tenait peut être plus de Alerte à Malibu (dont je n'ai jamais vu le moindre épisode - je n'en connais que le fameux générique) que de L'île mystérieuse.

On comprend assez rapidement où la serie veut en venir, et on fini par se rendre compte que les trois premiers épisodes ne servent qu'à nous... appâter, à défaut d'un mot plus adapté. On a donc hâte qu'ils se terminent, pour pouvoir passer à la suite. En fait, si ces trois premiers épisodes avaient été condensés en un seul, il y aurait eu plus de place pour le background des différents personnages.

LOST, par exemple, bien que beaucoup plus longue, a réussi un véritable tour de force: attribuer un background à peu près aussi complexe à l'ensemble de ses personnages, même secondaires. Dans The I-Land, les gentils sont niais, les méchants sont badass ou meurent rapidement. Leur psychologie ne sert à rien ou presque. Dommage.

Vraiment dommage, d'autant qu'à partir du quatrième épisode, une fois qu'on a fait abstraction de la fausse filiation avec L'île mystérieuse, de l'attraction physique pour le personnage principal, et des quelques inepties qui parsèment le début de la série, on fini par découvrir une histoire qui, sans être vraiment originale, reste plaisante et, parfois même, intriguante. Mieux: le physique de Natalie Martinez n'est plus autant mis en avant, et on peut se concentrer sur sa place dans l'histoire, qui s'avère plus intéressante qu'on le pensait au départ.

La fin, quoique positive, révèle des points surprenants. Mais en aucun cas elle ne laisse planer la possibilité d'une suite. Pour moi, c'est un point positif, puisqu'apparemment, je fais partie de cette minorité de gens qui ont besoin d'avoir une histoire avec une fin fermée.

Au final, The I-Land me déroute. Trop courte pour exploiter le background de personnages qui auraient pu être intéressants, mais trop longue pour la façon dont l'histoire est racontée. Devoir attendre 60% d'une histoire pour "rentrer dedans", et surtout n'en apprécier que les 40 derniers % est frustrant. Ça aurait pu être pire, mais ça aurait pu être bien, bien meilleur, sans que Natalie Martinez ne soit autant mise en valeur physiquement, sans les longueurs du récit, et sans ce prétendu héritage.

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